My body, my rules.

Comme tous les jours, je sors du boulot à 17h.
Je prends la rue principale.
J’ai peur.
Je redoute.
Deux sans-abris s’échangent des cigarettes dans un coin.
Je marche sur le trottoir sale à côté de la route.
J’entends quelqu’un crier derrière moi.
« Eh toi ! J’te b**** ! »
Je me retourne.
C’est encore ce gars. Et ses potes.
« Sale p*** ! »
Les gens se retournent pour voir à qui il a parlé.
Les larmes me montent aux yeux, mais j’ai l’habitude. C’est comme ça tous les jours.
Je continue à marcher.
Des hommes sifflent sur mon passage.
J’enrage. Je ne suis pas un chien !
Un garçon qui semble avoir quinze ans m’achève :
« Eh co*****, tu l’as mise pour moi cette jupe ?! »
Et voilà, tout ça à cause de ça.
Parce que je porte une mini-jupe.
Parce que je m’assume.

Aude et Nadia

Froid

Je grelottais seule, dans le froid de ma vie. Elle était si lisse, si triste, si vide. Elle était sombre, dure. Je me battais tous les jours pour ne pas rester coincée dans la glace à tout jamais. Chaque seconde qui passait était une lutte contre l’hiver. Pour ne pas tomber dans la crevasse cachée sous la neige. Puis, pendant un jour de grêle, je t’ai vu. Tu dégageais une chaleur agréable. Je me suis approchée de toi et je ne grelottais plus du tout. Tu m’a souri, en même temps tu as enlevé le froid qui me tuait chaque minute. Maintenant, tu restes près de moi. Tu me réchauffes quand ça ne va pas. Ma vie est devenue vivante, réchauffée. Je ne pleure plus. Tu es le marin qui a brisé l’iceberg de ma triste routine.

Aude

Le bracelet élastique

J’ai neuf ans, je suis en Chine, dans ma résidence. Ma meilleure amie, Amira, est à côté de moi, on rigole ensemble en allant avec sa mère à la supérette. On arrive dedans, et sa mère, Limi, nous fait signe de venir vers un coin du petit magasin.
— Come here !
(— Venez par ici ! )

Amira et moi y allons ensemble, et quand nous arrivons, Limi nous montre quelque chose en souriant :
— Look theses bracelets ! It’s so cute !
(— Regardez ces bracelets ! C’est trop chou !)

Limi nous montre des petits bracelets élastiques de différentes couleurs. J’ai tout de suite aimé ces espèces d’élastiques. Spécialement le jaune fluo.

— Do you want one ? demande la mère d’Amira.
(— Vous en voulez un ?)

— Yes, thank you very much ! m’exclamé-je.
(— Oui, merci beaucoup !)

Je suis ravie. Je prends le bracelet jaune tandis qu’Amira prend un de la même couleur mais plus transparent. Je souris. J’aime beaucoup Amira, je l’ai rencontrée ici, en Chine, on est voisines, et rien ne peut nous séparer. On rentre ensemble chez elle, avec nos nouveaux bracelets magnifiques. Pour moi, ce bracelet représente mes délires avec Amira, mes amies de l’école, ma maison ici, la Chine, quoi. J’adore ce bracelet, j’adore la Chine, j’y suis tellement heureuse.

Six mois plus tard
Je suis dans mon lit, je pleure. Je ne veux pas y aller, je ne veux pas, je ne veux pas ! Mes parents nous a annoncés, il y a deux semaines qu’on rentrait en Suisse. Quand on m’a dit ça, je me suis d’abord pétrifiée, puis j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Ma mère m’appelle en bas, elle me dit que le chauffeur nous attend. Non, je ne bougerai pas, pas question ! Ma mère monte les escaliers, marche dans le couloir, entre dans ma chambre et me dit qu’on doit se dépêcher. Je m’accroche à mon oreiller et regarde mon bras. Le bracelet y est toujours. Je pleure à nouveau. Ma mère me tire le bras et me fait lever de mon lit. Désespérée, je prie pour que quelqu’un fasse quelque chose. On s’apprête à m’arracher ma vie en Chine. Ce que j’ai de plus cher. Je ne veux pas y aller ! Je ne verrai plus jamais mes amies, ma maison, mon école, Amira. Ma mère me pousse gentiment et je descends les escaliers. Mes joues sont trempées. Je sors de la maison, pour la dernière fois, et regarde mon bracelet fétiche. Jamais je ne m’en séparerai.

Aude

Compte rendu du musée

On est allé au musée de l’Ethnographie, jeudi dernier. « L’ethnographie » veut dire « l’étude des peuples ». Ce musée-là parlait de la mort dans les différents peuples, les différentes religions. On y a parlé de rituels. C’est à dire des rassemblements de gens qui suivent un chef et reproduisent tous les mêmes mouvements. Le musée était un petit peu glauque mais intéressant. à part quand il y avait les têtes coupées réduites… Mais sinon il y avait une salle avec un grand écran où ils diffusaient une espèce de musique très bizarre, lente et stressante. On a commencé à danser en rythme, lentement. On aurait dit qu’on était en transe ! Le pire, c’est que les gens derrière la salle voyaient notre ombre. Ils pensaient qu’on était possédé ! C’était drôle et en même temps j’ai appris des choses sur les autres religions et c’était intéressant. Après on est allés au Physiscope. C’est un musée qui parle de physique. Là on nous a parlé des couleurs. Je ne savais pas que l’Homme voyait seulement trois couleurs ! J’étais impressionnée. Je suivais tout ce que le « guide » disait parce que je ne savais rien de tout ça, ça m’a permis d’apprendre des choses! La visite était super intéressante et je me suis aussi bien amusée !

Aude

La page arrachée

PLUS VITE, PLUS VITE !!! hurle une voix dans ma tête. Je cours, cours à m’en arracher les poumons. Le vent glacé fouette mon visage rougi par l’effort. Je continue à courir, plus vite que je n’ai jamais couru. Un point de côté me déchire le ventre mais je ne m’arrête pas. Sinon il va me rattraper. J’arrive sur la route, je traverse sans me poser de questions. Une voiture me frôle en klaxonnant ce qui me pousse à aller encore plus vite. T’ARRÊTE PAS !!! me dis-je à moi-même. Ma gorge est asséchée, elle me brûle, me fait souffrir. Mes jambes faiblissent. Je tousse, ça fait mal. Mes jambes ralentissent. NON, PAS MAINTENANT ! Des larmes coulent sur mon visage, brûlant mes joues. Mon ventre se serre de douleur. Je n’en peux plus… Soudain, une main m’attrape et me fait me retourner. NON ! Je vois son visage balafré. Sa main armée se dresse. Je pleure, mes jambes ont juste envie de s’écrouler. Je hurle, crie désespérément. Puis, plus rien.

Aude

Cette étoile

Tu regardes jour et nuit une étoile filante. Cette étoile qui te donne goût à la vie. Cette étoile qui te fait espérer, qui te fait rêver. Cette poudre d’étincelles que tu regardes tous les soirs et qui te fait sourire. Cette étoile filante qui te fait fermer les yeux, dans la nuit, sans bruit. Cette étoile qui te donne des rêves pendant ton sommeil. Cette étoile qui t’apaise, et que tu ne pourras pas oublier.

Aude

Si seulement

Si seulement aujourd’hui était un jour normal. Si seulement Adalyn n’avait pas reçu ce message. Ce message, d’un numéro inconnu qui s’était affiché sur son téléphone.

« Bonjour, Adalyn. Je te vois. Je sais qui tu es. Si tu ne me crois pas, regarde ton volet… »

Si seulement la jeune fille n’avait pas trouvé un couteau planté sur son vieux volet en bois. Un couteau tranchant, la lame dégoulinante d’un liquide rouge visqueux. La nuit était venue. Et si seulement Adalyn n’avait pas vu la main se plaquer contre sa fenêtre. Si seulement elle n’avait pas senti une ombre s’approcher d’elle et la saisir. Si seulement la jeune fille n’avait pas senti cette main sur sa gorge qui serrait, serrait, jusqu’à ce qu’Adalyn tombe dans les ténèbres. Si seulement ça n’était jamais arrivé.

Aude

A jamais

L’homme regardait les gouttes de pluie s’écouler lentement de sa fenêtre, telles des larmes. Il observait de ses yeux embrumés l’eau chuter et s’écraser sur le goudron noir. Et il pensait à elle. Sa fille. Sa fille que le monde lui avait arraché bien trop tôt. Alors qu’elle avait à peine huit ans, elle s’était envolée dans le monde des esprits. à tout jamais. Dans les bras de l’homme se tenait un portrait d’elle souriante, inconsciente de la visite de la Mort qui allait venir trop vite. Des larmes glacées coulaient à présent de ses yeux qui reflétaient son chagrin infini que rien ne pourrait jamais combler.

Aude

Le Son

Ce bruit. Ce son qui arrêta tout. D’abord cet hurlement strident de l’alarme. La plainte qui déchirait le doux silence de la nuit. Ma mère qui entrait dans ma chambre en me criant des mots incompréhensibles. Ma famille qui courait en tout sens pour comprendre quelque chose alors que l’alarme nous vrillait les oreilles. Puis, ce bruit. Un long vrombissement, sourd et grave, qui devenait de plus en plus fort à mesure que l’avion se rapprochait. Et ensuite, ce sifflement. Ce sifflement strident qui indiquait clairement ce qui allait suivre. Une explosion. Le toit qui s’écroulait en un grand fracas. Des taches qui dansaient devant mes yeux abîmés. Puis à nouveau. Ce son qui paralyse. à nouveau, ce sifflement, de plus en plus fort, puis, plus rien.

Aude