Dans la peau d’une femme

Un jour, quand j’avais six ans, j’ai vu mon frère faire de l’escrime. Et là j’ai compris que je voulais en faire moi aussi. J’ai alors décidé de demander à mon père de commencer à manier le fleuret. Mais il n’a rien voulu savoir et m’a envoyée dans ma chambre pour le reste de la soirée.

(12 ans plus tard)

Ce soir c’est décidé, je pars de la maison. Pendant douze années, j’ai observé mon frère durant ses cours particuliers. Maintenant c’est à mon tour de faire de l’escrime. Alors c’est décidé je pars!

(2 mois plus tard)

Depuis deux semaines, je vais m’entrainer dans un gymnase tous les vendredis. Pour cela j’ai dû me couper les cheveux, je porte une bande de tissu sur la poitrine et des habits larges pour cacher mes formes. Mais je peux enfin faire le sport qui me plait.

(4 ans plus tard)

Ça y est je suis aux Jeux Olympique! Après de nombreuses manches (plusieurs gagnées et une perdue), vient l’heure des résultats. Je suis impatiente et angoissée. Le jury annonce que je suis à la troisième place. Au moment où je suis sur le podium, j’enlève mon casque, j’ôte ma combinaison et la bande qui comprime ma poitrine. Un murmure s’élève alors de la foule « C’est une femme?! » Je m’exclame alors: « Eh oui je suis une femme! Et regardez comme je suis allée loin! A toutes les femmes du monde, je crie: croyez en vos rêves! ».

Mathilde et Méline

Dijon, 13 novembre 1916

Cher Antoine,

Ici tout va pour le mieux. Les enfants vont bien, Pierre a perdu sa première
dent. Notre vieille Daisy a malheureusement été réquisitionnée pour la cavalerie et j’ai dû
vendre les vaches. Je vais tous les jours travailler à l’usine mais tout est compliqué
depuis que les hommes sont au front.
Je ne pourrais sûrement pas t’envoyer d’argent ce mois-ci, je n’en ai pas les moyens et je m’en excuse. J’espère que tout va bien pour toi, tu nous manques, aux deux petits et à moi.

Je t’embrasse,

Claire

Dans la peau d’une femme – Je ne pouvais pas…

13 juin 1962
Je ne pouvais pas le garder. J’ai dix-huit ans, je n’ai pas de travail.

Quelques semaines avant

Quand je me suis rendue compte que j’étais enceinte, je n’ai pas eu d’autre choix que de me faire avorter. J’ai trouvé une femme qui a accepté de me « délivrer » pour 3 500 francs*. Trois jours après, elle est venue chez moi. Elle m’a demandé de m’allonger sur la table de la salle à manger, recouverte d’un draps. Elle a sorti une aiguille à tricoter et soudain j’ai eu mal, très mal. Tout mon corps tremblait, j’étais secouée de spasmes. Et ensuite, je ne me souviens plus de rien.

Mathilde et Méline

La page arrachée

Il entra dans l’eau froide qui lui arrivait rapidement à la taille. Il chercha le regard complice de cette petite qu’il avait tant aimée mais il ne vit qu’un visage livide et des paupières closes pour l’éternité. Il ne pouvait se résoudre à abandonner ce petit corps, à le laisser sombrer. Et pourtant il le fallait. Le corps de cette fillette témoignait de sa violence et de sa santé mentale instable. Elle était une preuve à elle seule. Alors, il la laissa couler en même temps que ses larmes.

À ce moment, il sentit quelque chose se briser en lui. Cette petite était son pilier, sa force et sans elle tout allait s’effondrer, toute la façade qu’il avait construite pour montrer aux gens qu’il était normal et sain d’esprit allait s’envoler en fumée. Sans sa princesse il n’était plus rien, sa vie n’avait plus de sens. Il alla donc chercher des pierres, qu’il mit dans son sac à dos et dans ses poches. Il grimpa sur les rochers qui surplombaient le lac où reposait maintenant sa fille. Il ferma les yeux et se rappela les bons moments passés avec cette petite qui l’aimait toujours même quand il était violent avec elle. Tout à coup, un cri plein de regrets et de larmes jaillit de sa gorge: « Elle n’avait que sept ans ! » Il regarda alors les eaux noires et …

Mathilde

Alzheimer

Ce nom ne signifiait rien pour moi avant que mon grand-père ne soit confronté à cette terrible maladie. Ça a commencé par de petits oublis sans grande importance. Toutes ces absences sont devenues de plus en plus inquiétantes. Et puis, quand il a commencé à essayer de téléphoner avec une calculatrice, à mettre un kilo de sel au frigo ou à oublier le nom de son amie, ça devenait de plus en plus grave. Lui ne se rend compte de rien, il a juste envie de rester tranquille chez lui et dans son jardin. Mais un jour, on va devoir le mettre dans un EMS et j’ai peur qu’il ne le supporte pas.

Avec mes parents on parle de ses oublis en rigolant (pour ne pas pleurer) mais moi je n’ose pas leur dire que cela m’inquiète.
Alors, j’ai écrit ce texte pour leur expliquer qu’à chaque fois que je vais le voir, j’ai peur qu’il oublie qui je suis et tout simplement, qu’un jour, il ne soit plus là.

Mathilde

Laïka

Laïka c’est mon chien, enfin c’était mon chien. Elle est morte il y a dix jours. Seulement dix jours, mais j’ai l’impression que ça fait dix ans. Elle me manque horriblement. C’était ma meilleure amie, ma confidente. On était toujours ensemble depuis treize ans. Maintenant qu’elle n’est plus là, il y a un grand vide dans ma vie.

Un soir, lorsque j’étais en train de lire dans mon lit, j’ai senti une présence et eu l’impression de voir Laïka. Mais il n y avait plus rien. J’avais dû rêver. La même chose s’est reproduit plusieurs fois. Par exemple je l’ai entendue aboyer ou encore sentie me lécher les doigts. Et c’est la que j’ai compris que Laïka ne m’abandonnerait jamais, qu’on resterait toujours ensemble quoi qu’il arrive.

Méline et Mathilde

Le Chat

J’ai toujours rêvé d’avoir un chat, un petit minou à caresser, une boule de poil ronronnante. Alors à Noël, quand j’ ai reçu une boite miaulante, gémissante et humide, j’étais au 7ème ciel.

Mais bien vite, j’ai été moins enthousiaste en ramassant ses besoins dans tout l’appartement, en lui donnant ses croquettes ou en apprenant à ce félin mal élevé à aller dormir dans son panier. Mais le plus ennuyeux était que, chaque nuit, il venait miauler devant ma porte m’obligeant à le chasser à coup d’oreiller.
Et puis un jour, il n’est plus venu chercher sa pitance, ni des caresses. Je me suis dit qu’il en avait assez de recevoir des coups de coussins. Par contre, il était toujours là à gémir devant ma porte close. Je sortais pour le chasser mais à chaque fois, il était parti avant que je ne puisse l’apercevoir. Pourtant, une fois, j’ai pu le voir et je me suis fait la réflexion que son ombre ne ressemblait pas à celle d’un chat …mais bon, j’avais dû rêver. Et les jours suivants, j’ai remarqué qu’il n’avait pas touché à sa gamelle. Cela devenait de plus en plus inquiétant. Un matin, après une nuit mouvementée (je n’avais pas eu le courage de courir après mon chaton), j’ai découvert mon chat, mort. Tout à coup, j’ai entendu un miaulement rauque, qui n’avait rien d’animal.

Mathilde